Ce vendredi 13 février, l’émotion est vive dans le Grand-Nord. Un an jour pour jour après l’exécution de l’artiste musicien révolutionnaire Delcat Idengo par les rebelles du M23-AFC à Goma, la population se mobilise pour honorer celui qui a transformé son micro en une arme de résistance.
Il y a douze mois, la nouvelle tombait comme un couperet : Delcat Idengo était criblé de balles dans une ville de Goma, alors sous le joug de la rébellion. Le crime de l’artiste ? Avoir chanté la vérité. Son titre emblématique « Wakombozi » (Les Libérateurs, Ndlr), sorti dans un contexte de haute tension, appelait la population à ne pas se laisser berner par les promesses de la rébellion et à se révolter contre l’occupation.
Perçu comme une menace directe par les cadres du M23-AFC, l’enfant de Beni a payé de sa vie son audace « patriotique », deux semaines seulement après la chute de la capitale provinciale du Nord-Kivu.
Villes mortes et mémoire vive
En hommage à celui qu’ils considèrent désormais comme un « Héros national », les habitants de Beni et Butembo ont répondu massivement à l’appel des organisateurs. Ce vendredi, les rideaux de fer sont restés baissés : à Butembo par exemple, des boutiques, marchés et bureaux restent fermés (situation à 8h) en signe de deuil et de protestation silencieuse. À Beni, des citoyens se dirigent vers le cimetière de Kimbangu, là où le révolutionnaire repose pour l’éternité.
Un mausolée pour la postérité
Le point culminant de cette journée de commémoration est le lancement officiel des travaux de construction du mausolée de l’illustre disparu. « Ce monument ne sera pas qu’une tombe, mais un symbole de la résistance culturelle face à l’oppression », explique un membre du comité d’organisation.
La journée se clôturera par un grand concert populaire. Sur scène, les artistes locaux se succéderont pour reprendre les titres de Delcat Idengo et prouver que, si l’homme est tombé, sa musique continue de mobiliser les consciences.
Delcat Idengo entre définitivement dans l’histoire de la RDC, non plus seulement comme un chanteur, mais comme un martyr de la liberté d’expression dont le sacrifice continue d’irriguer la lutte pour la paix dans l’Est du pays.
Yannick Warangasi, à Beni





