La note circulaire du Secrétaire général a.i du ministère de l’éducation nationale n’a pas fini de faire débat. Après une matinée de réflexion le 29 juillet dernier, consacrée sur le maintien des filles enceintes dans les établissements scolaires, les scientifiques ont défendu lors d’une conférence ce mardi 12 août à l’Université de Goma (UNIGOM), qui a collaboré avec l’École de genre et Repro justice Congo (RJC), les résultats de leurs réflexions.

L’objectif affiché est clair : permettre à chaque fille d’avoir un avenir où elle peut apprendre, s’épanouir et apporter sa contribution à la société. Pour Mme Divine Usanase, manager de l’administration et finance au sein de Repro justice Congo (RJC), l’un des organisateurs de cette rencontre, « chaque fille a le droit de rêver, d’apprendre et de réussir, quelles que soient les circonstances de sa vie ».

Le Professeur Ndovia Nguru, représentant le Recteur de l’UNIGOM, le Professeur ordinaire Muhindo Mughanda en cette activité, rappelle que cette conférence rentre dans le cadre de l’une des missions de l’Université : le service à la société.
Atteindre cette fin est pourtant parsemée d’embûches : les contextes religieux et sociaux du monde contemporain remettent cette volonté de laisser à la fille enceinte poursuivre son avenir dans un environnement sain, dans le doute.
Le Représentant du Recteur reconnait que le maintien des filles enceintes dans les écoles constitue un enjeu complexe, à la croisée des considérations juridiques, pédagogiques, sanitaires, psychologiques et éthiques, entrainant une grande controversée. L’UNIGOM comprenant le contexte, a alors réuni 12 chercheurs et experts en pédagogie, psychologie, droit, théologie, gynécologie, et en genre et développement, question d’intégrer la note dans un cadre scientifique.

Pour remettre la question sur la table, deux panels ont été organisés : le premier a tablé sur « la grossesse face au dilemme éthique ». La Professeure Véronique Kavuo, une des panelistes a alors introduit sa thématique : « Justice restaurative et compassion biblique : Lecture éthique de la Bible sur le maintien des filles enceintes à l’école en RDC ».
Elle différencie alors la morale chrétienne de l’éthique chrétienne. Si l’une est l’ensemble de normes fondées sur l’enseignement biblique et la tradition de l’église, l’autre se concentre sur une réflexion critique « contextualisée ». Professeure Véronique Kavuo précise, « la Bible n’a pas parlé des filles enceintes à l’école ». Elle appelle alors à une « éthique de la situation ».
Alors que la morale se base sur le principe de loi, de la volonté divine ; l’éthique chrétienne apporte une certaine humanité, mettant l’accent sur la compassion, la dignité humaine, la prévention et la reintégration. « Toute personne, même fautive, doit être accompagnée et restaurée ».

Les dispositions légales en vigueur et les engagements pris par la République démocratique du Congo sur le plan régional et international, ne permettent pas l’exclusion des filles enceintes de l’école, et à en croire Déborah Bwali, assistante à l’UNIGOM, « la note circulaire requiert toute son importance car elle ne fait que se comformer aux différents engagements juridiques que la RDC a pu contracter ».
Le Chef de Travaux et doctorant Blaise Balume, intervenant dans le second panel axé sur : « Des applications de l’état de grossesse dans le milieu scolaire », aborde la thématique des « Conditions psychologiques des filles enceintes en milieu scolaire ». Pour le doctorant, la grossesse chez l’adolescente constitue un problème de santé mentale. Cette situation expose ces filles enceintes à la stigmatisation, au rejet et à la violence.

Il rapporte que la RDC comporte « un taux plus élevé » de grossesses chez les adolescentes, avec environ 37% de filles qui se marient avant 18 ans, et 10% avant 15 ans. Blaise Balume attribue ce fait à un manque d’éducation sexuelle dans des familles.
« Cette note circulaire apporte un changement majeur » qui selon Blaise Balume, « corrige une injustice historique ». Il explique que cette décision vient mettre un terme à l’exclusion des filles enceintes de l’école, alors que les auteurs de grossesse ne subissaient aucune peine. Néanmoins, il précise que la grossesse amene avec elle des implications dont l’anxiété, le choc et la dépression, comprenant la position prise par des écoles catholiques.

Pour arriver à mettre efficacement en place cette note circulaire, Blaise Balume propose alors la mise en place des mécanismes de sortie du gouffre dont des services d’intérêt en santé mentale et scolaire, la promotion de la culture d’inclusion et de respect à l’égard des personnes enceintes et surtout, l’instauration d’une politique qui favorise la continuité scolaire malgré la grossesse.

Seul ce texte du ministère ne résoudra pas la problématique de l’accès des filles enceintes dans des étabblissements scolaires. RJC appelle à une action collective impliquant autorités, enseignants, parents et la société civile, afin de favoriser une application concrète de la note circulaire.
Professeur Ndovia Nguru invite pour sa part, à une réflexion interdisciplinaire approfondie, estimant que la note produite à l’issue de la matinée de la réflexion, est une contribution constructive de l’UNIGOM à la mise en oeuvre durable et éthique de la note circulaire.
Guerschom Mohammed Vicci




