Le 3 juin 2025, la République démocratique du Congo (RDC) a marqué un tournant diplomatique majeur en obtenant un siège de membre non permanent au Conseil de sécurité des Nations unies pour le mandat 2026-2027, avec un impressionnant total de 183 voix sur 187 votants lors de l’Assemblée générale à New York. Cette élection, qui intervient trente-trois ans après la dernière participation de la RDC à cet organe en 1992, consacre le retour du pays sur la scène internationale dans un contexte où sa voix compte plus que jamais. Soutenue par l’Union africaine (UA) et la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), la RDC a su rallier un large consensus, reflétant sa légitimité croissante et son positionnement stratégique au cœur de l’Afrique.
Le vote, tenu à bulletin secret, a vu 188 bulletins distribués, dont 187 exprimés, la RDC surpassant largement le seuil requis des deux tiers, soit 125 voix, pour sécuriser son siège. Les détails précis des pays ayant voté pour la RDC ne sont pas publics en raison du caractère secret du scrutin, mais le large soutien obtenu suggère une adhésion massive des 193 États membres présents, incluant probablement une majorité des nations africaines, des alliés de la SADC, ainsi que des partenaires internationaux sensibles aux enjeux de paix et de sécurité en Afrique centrale.
Cette élection n’est pas un simple fait diplomatique pour la RDC ; elle répond à des enjeux cruciaux pour un pays en quête de stabilité et d’influence. Au cœur de ces enjeux figure la situation sécuritaire dans l’Est du pays, où les conflits armés, notamment avec des groupes comme le M23, continuent de déstabiliser la région des Grands Lacs. La RDC, qui accueille l’une des plus importantes missions de maintien de la paix de l’ONU, la Monusco, avec ses 15 000 Casques bleus, entend utiliser ce siège pour faire entendre sa cause en tant que nation agressée. Le pays cherche à mettre en lumière les violations de son intégrité territoriale, notamment en pointant du doigt le soutien présumé du Rwanda aux rebelles du M23, une accusation qui alimente les tensions régionales.
En siégeant au Conseil de sécurité, la RDC pourra influencer les débats sur les résolutions concernant les conflits africains, qui représentent environ 50 % de l’agenda de cet organe. Elle ambitionne également de promouvoir la diplomatie préventive et la résolution pacifique des conflits, s’appuyant sur son expérience unique de gestion des crises. Ce retour au Conseil, après avoir joué un rôle clé lors de la guerre du Golfe en 1990-1991 en condamnant l’invasion irakienne du Koweït, positionne la RDC comme un acteur crédible pour peser sur les décisions internationales.
Les avantages pour la RDC sont multiples et stratégiques. Premièrement, ce siège offre une plateforme privilégiée pour façonner les politiques de paix et de sécurité mondiales, un atout pour un pays qui a longtemps été perçu comme un terrain de crises plutôt qu’un acteur décisionnel. En participant aux débats et aux votes du Conseil, la RDC pourra défendre ses intérêts nationaux, notamment en plaidant pour un renforcement des mécanismes de maintien de la paix et une meilleure coordination des efforts internationaux face aux défis sécuritaires dans son territoire. Deuxièmement, cette position renforce la stature diplomatique du pays, lui permettant de consolider ses relations avec d’autres puissances et de s’affirmer comme un leader régional. La ministre des Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba Wagner a souligné que la RDC, forte de son expérience avec des missions comme l’ONUC, la MONUC et la Monusco, apportera une expertise unique en matière de bonnes pratiques et de leçons apprises dans la gestion des conflits. Enfin, ce mandat coïncide avec l’élection récente de la RDC au Conseil des droits de l’homme pour 2025-2027, amplifiant son influence dans les instances onusiennes et offrant une opportunité de promouvoir des valeurs comme la coopération, la solidarité et les droits humains.
Aux côtés de la RDC, le Liberia a également été élu membre non permanent pour représenter l’Afrique lors de ce même mandat 2026-2027. Les deux pays, candidats uniques pour les deux sièges réservés au continent africain, ont bénéficié d’un consensus au sein de l’Union africaine, évitant ainsi toute compétition régionale. Le Liberia, comme la RDC, apportera sa propre expérience de reconstruction post-conflit, renforçant la voix de l’Afrique dans un Conseil où le continent, malgré ses 54 États membres et son poids démographique d’un milliard d’habitants, reste sous-représenté, notamment en l’absence de sièges permanents. Outre la RDC et le Liberia, trois autres pays ont été élus pour ce mandat : le Bahreïn, la Colombie et la Lettonie, remplaçant l’Algérie, le Guyana, la République de Corée, la Sierra Leone et la Slovénie.
L’élection de la RDC intervient dans un contexte où l’Afrique pousse pour une réforme du Conseil de sécurité, réclamant deux sièges permanents avec droit de veto pour corriger une « injustice historique », comme l’a souligné le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres. Si cette réforme reste un horizon lointain, la présence de la RDC et du Liberia au Conseil de sécurité pour 2026-2027 marque une étape vers une meilleure représentation africaine. Pour la RDC, ce siège est une opportunité de transformer ses défis en leviers d’influence, de faire valoir son rôle géostratégique et de contribuer à un ordre international plus équitable, tout en portant haut les aspirations d’un continent en quête de reconnaissance.
Claudine N. I et Franck Tatu




