La communauté Banyamulenge de la République démocratique du Congo s’est rencontrée ce jeudi 13 août dans la ville de Goma, capitale provinciale du Nord-Kivu pour une cause : commémorer le 21e triste anniversaire du massacre de Gatumba, au Burundi.
Le 13 août 2004 à Gatumba, 166 personnes de cette communauté ont été tuées dans un camp de déplacés. Cette date est alors devenue celle qui rappelle le triste souvenir d’une tragédie humaine que les Banyamulenge appellent « le Génocide de Gatumba« .

Au départ de cette cérémonie de commémoration, les noms de toutes les personnes tombées dans ce massacre ont été cités, rappelant que « Ce ne sont pas que des noms : ce sont des vies fauchées, des familles brisées, des rêves anéantis et des humains brutalement arrachés de la vie ».
Deux témoins vivants du massacre de Gatumba, ont fait incliner la tête de toutes les personnes présentes en cette cérémonie, rappelant les derniers jours sombres et sanguinaires de toutes ces victimes dont le sang reclame depuis que justice soit faite pour qu’elles reposent en paix.

Bertrand Bisimwa, coordonnateur politique adjoint de l’AFC/M23 en charge des questions politiques et diplomatiques et l’un des orateurs de la journée, a invité à nommer toutes les personnes tuées en cette date. « Nous devons nommer comme nous le faisons aujourd’hui parce que c’est un acte essentiel pour préserver leur mémoire et rendre hommage à leur dignité ».
Au-delà de cette justice, Bertrand Bisimwa a plaidé pour qu’un mémorium soit construit pour non seulement rappeler ce qui s’était passé le 13 août 2004 à Gatumba, mais aussi les responsabilités des uns et des autres pour éviter que d’autres massacres similaires ne se reproduisent dans l’avenir.
« Notre devoir est de nous mettre ensemble pour construire une société fondée sur l’acceptation mutuelle », insiste Bertrand Bisimwa. « Le vivre ensemble est le fondement d’une paix définitive ». Pour y arriver, le coordonnateur politique adjoint invite à l’implication de tout le monde pour aboutir à la construction de cet édifice commun, où « toutes les communautés sont les bienvenues ».

Moïse Nyarugabo interroge alors un passé commun entre les pays africains. Pour lui, la République démocratique du Congo partage des communautés avec des pays de la sous-région, installant alors la nécessité d’une cohabitation pacifique. « Dans tout le cas, nous devons vivre ensemble et cela n’est pas négociable », table le second orateur.
L’orateur appelle le leadership Congolais à assumer toutes ses responsabilités pour l’intégration de la Communauté Tutsi dont fait partie le Banyamulenge, comme une partie intégrante et non un « greffage ». Moïse Nyarugabo insiste que la loi soit appliquée dans toute sa rigueur pour que les brebis galeuses répondent de leurs actes et « que cesse l’extermination de la Communauté Tutsi » en République démocratique du Congo.
« Chacun devra jouer son rôle ou alors, porter la responsabilité de sa négligence ou de sa complicité », lance Moïse Nyarugabo.
S’adressant à ses frères et soeurs Banyamulenge, Moïse Nyarugabo les invite à construire la paix et la sécurité avec toutes les autres communautés. « Nous devons nous battre pour nos droits mais en le faisant, nous devons tendre la mains à tous nos compatriotes. Offrir la paix autant que cela dépend de nous. Offrir la sécurité aux autres, c’est en cela que nous allons en recevoir aussi », s’appuie l’orateur.

Un engagement a été pris pour que justice soit rendue. Corneille Nangaa, coordonnateur politique de l’AFC/M23 a souligné que cette justice touchera non seulement toutes les victimes de Gatumba, mais aussi de tous les autres massacres et de l’injustice, pour ne pas permettre la répétition de tels actes.
Une minute de recueillement en mémoire de toutes les victimes du massacre de Gatumba a été observée, suivie de la présentation des bougies allumées, témoignant de la volonté de faire luire la paix à toutes les communautés, pour éviter répétition de tels massacres à d’autres populations.
Célébrée sous le thème : « Honorer les victimes, rechercher la justice et lutter contre le déni du Génocide ciblant les Tutsi », les organisateurs ont précisé que cette justice recherchée ne devra pas servir de vengeance, mais plutôt de mettre un terme à l’impunité et s’assurer de la non répétition.
Guerschom Mohammed Vicci




