À l’Est de la République démocratique du Congo, où les Violences basées sur le genre (VBG) demeurent un défi majeur, les leaders communautaires, coutumiers et religieux s’imposent de plus en plus comme des acteurs clés dans la prévention et la lutte contre ce fléau. À travers l’enseignement, la sensibilisation et leur influence morale, ces leaders contribuent à changer les mentalités au sein des communautés.

À Goma, le pasteur Josh Grada, responsable d’une église locale, affirme sans détour que « la Violence basée sur le genre est un fléau social, une arme de domination visant à maintenir certaines personnes dans une position d’infériorité ». Selon lui, les principales victimes restent les femmes et les filles, une réalité incompatible avec les valeurs chrétiennes. « Elle n’a pas de place dans notre communauté. Dieu nous a créés égaux », insiste-t-il.
Pour prévenir les VBG, le pasteur mise avant tout sur l’enseignement biblique. Il s’appuie notamment sur le verset de Galates 3:28, rappelant qu’« il n’y a plus ni homme ni femme, car tous sont un en Jésus-Christ ».
« L’enseignement, c’est l’éducation. Et l’éducation est la base de tout changement », souligne-t-il, ajoutant que ce message d’égalité est au cœur de son engagement pastoral.
Le pasteur Josh Grada reconnaît toutefois la persistance de pratiques traditionnelles néfastes, qu’il identifie comme l’une de principales sources des VBG. Il évoque notamment un cas de mariage forcé auquel il s’est farouchement opposé, sans parvenir à convaincre la famille concernée malgré plusieurs mois de dialogue.
Néanmoins, il observe des changements positifs : « Les fidèles à qui nous enseignons ces valeurs s’engagent aujourd’hui activement contre les VBG et sensibilisent à leur tour, même si le combat reste difficile ».
Dans le territoire de Beni, les autorités coutumières se disent également engagées dans la lutte contre les Violences basées sur le genre. Mbale Mungu, chef du groupement Malambo, rappelle que les VBG ne trouvent aucun fondement dans les traditions africaines authentiques.
« La coutume condamne toute forme de Violences basées sur le genre. À l’origine, nos traditions visaient à protéger la famille et la dignité de la femme. Les violences que nous observons aujourd’hui, sont des dérives qui doivent être corrigées », affirme-t-il.
En tant que chef coutumier, Mbale Mungu souligne que son rôle consiste avant tout à prévenir, sensibiliser et orienter. « Nous rappelons les valeurs de respect, nous protégeons les victimes et nous veillons à ce que les auteurs répondent de leurs actes conformément à la loi », explique-t-il.
Face à un cas de violence impliquant une femme ou une fille, le chef du groupement Malambo indique privilégier une approche humaine et responsable. « Nous recevons la victime dans la confidentialité, nous l’écoutons et nous l’orientons vers les services compétents. Selon la gravité des faits, nous collaborons avec les autorités afin que justice soit rendue, sans chercher à étouffer les dossiers », précise-t-il.
Conscient de l’évolution de la société, Mbale Mungu reconnaît également la nécessité d’adapter certaines pratiques coutumières. « Les coutumes doivent évoluer avec le temps. Toute pratique qui porte atteinte à la dignité ou aux droits des femmes doit être abandonnée ou corrigée », insiste Mbale Mungu.
Le chef coutumier souligne enfin l’importance du travail en synergie avec d’autres acteurs. « Nous collaborons avec les services de l’État, les églises et les organisations locales pour la sensibilisation, la prise en charge des victimes et la prévention des violences », ajoute-t-il.
À l’endroit des hommes et des jeunes, son message est clair : « Je leur demande de respecter les femmes et les filles, de rejeter la violence et de comprendre que la vraie autorité se fonde sur le dialogue et le respect, pas sur la force ».

Dans la communauté musulmane, le discours est tout aussi ferme. Le cheikh Djaffar Al Katanty affirme que la lutte contre les Violences basées sur le genre est avant tout une obligation religieuse.
« Dans l’islam, la protection de la femme et de l’enfant est un principe fondamental. Le prophète Mohamed, dans son dernier sermon, appelait déjà à la justice et à la bienveillance envers les femmes », rappelle-t-il.
Selon le Cheikh, la prévention passe essentiellement par l’éducation des hommes dès le plus jeune âge. « On apprend aux garçons à respecter, protéger et ne jamais porter atteinte à la femme et à l’enfant. Protéger, ce n’est pas seulement intervenir en cas de danger, c’est aussi ne jamais être soi-même l’auteur de la violence », explique-t-il.
Il reconnaît toutefois les limites de l’action communautaire face à l’ampleur du phénomène. « La communauté éduque, mais l’État doit aussi jouer son rôle à travers la justice et la sanction des auteurs », estime-t-il, pointant du doigt l’insécurité persistante et la prolifération des armes comme des facteurs aggravants des VBG dans la région.
De son côté, Madame Mélissa, représentante de l’organisation Sauti ya Mama Mkongomani, souligne l’importance cruciale de l’implication des leaders coutumiers, communautaires et religieux. « Ces leaders ont une influence réelle et positive sur la communauté. Leur engagement est indispensable pour éradiquer définitivement ce fléau », affirme-t-elle.
Elle appelle le gouvernement congolais ainsi que les organisations de défense des droits humains à renforcer les capacités de ces leaders afin d’améliorer leur compréhension des VBG et leur efficacité sur le terrain. Malgré les efforts déjà fournis, elle reconnaît que les défis restent immenses, notamment en raison du poids des traditions, du manque de sensibilisation et du contexte sécuritaire instable.
En dépit de ces obstacles, l’engagement croissant des leaders religieux et communautaires laisse entrevoir une dynamique encourageante. À travers l’enseignement, le dialogue et l’exemplarité, ils contribuent progressivement à bâtir une société plus juste, où la dignité de la femme et de l’enfant est respectée et protégée.
Marasi Bénédicte Zoé




