Thomas Lubanga Dyilo, figure complexe de l’histoire récente de la province de l’Ituri, incarne tragiquement les tensions qui rongent l’Est du pays. Autrefois porteur d’espoir, il est désormais perçu comme un acteur de déstabilisation, suscitant consternation et inquiétude.
Né en Ituri, Thomas Lubanga Dyilo s’est d’abord fait connaître en tant que chef de l’Union des patriotes congolais (UPC), un groupe armé ayant joué un rôle majeur dans le conflit en Ituri au début des années 2000, marqué par des violences et des violations des droits humains. En 2012, la Cour pénale internationale (CPI) l’a condamné pour crimes de guerre, notamment pour le recrutement d’enfants soldats, un tournant dans l’histoire de la justice internationale.
Malgré ce lourd passé, le président Félix Tshisekedi l’a nommé en 2021, à la Task Force pour la paix, la réconciliation et la reconstruction de l’Ituri. Cette initiative visait à apaiser les violences dans la province. Cependant, le choix de Lubanga s’est révélé paradoxal : quelques années plus tard, il a repris les armes.
En mars 2025, depuis Kampala, il a annoncé la création d’un nouveau mouvement rebelle, la Convention pour la révolution populaire (CRP), affirmant vouloir contester l’autorité de l’État congolais en Ituri. Ce retour à l’insurrection a choqué, compte tenu de son rôle dans le processus de paix.
Sous sa direction, la CRP s’est rapidement engagée dans des affrontements avec l’armée congolaise, entraînant pertes humaines et peur parmi les civils. Les Nations unies ont averti que des groupes armés comme celui-ci, représentent une menace croissante pour la sécurité et la stabilité régionale.
Ce retournement est d’autant plus tragique que la RDC tente de sortir de décennies de violence. L’Ituri, théâtre de conflits interethniques depuis plus de vingt ans, commençait à entrevoir la possibilité d’un apaisement durable. Le retour de Lubanga aux armes, à près de 70 ans, illustre ce que certains qualifient de « gâchis humain et politique » : la transformation d’un médiateur potentiel en instigateur de conflit.
Cette situation doit inciter les dirigeants congolais et les partenaires internationaux à réévaluer leurs stratégies de paix. La stabilité de l’Est de la RDC ne peut être assurée par des compromis symboliques ou des gestions tactiques à court terme. Elle nécessite une approche solide et inclusive, respectueuse de la justice, qui prenne en compte les attentes des populations locales et les leçons du passé.
Dans un pays où les aspirations à la paix sont constamment mises à l’épreuve, chaque dirigeant, qu’il soit politique ou traditionnel, porte une responsabilité devant l’histoire. La trajectoire de Thomas Lubanga rappelle avec force qu’on ne conquiert pas la paix en recyclant les instruments de la guerre, mais en transformant profondément les structures de pouvoir et de société qui l’ont permis.
Chadrack Byaruhanga depuis Bunia




