Quinze ans après la publication du rapport Mapping des Nations unies, le Docteur Denis Mukwege, prix Nobel de la paix, a vivement critiqué mercredi les détournements présumés de fonds alloués à la réparation des victimes de violences et de crimes de guerre en République démocratique du Congo.Il pointe du doigt les mécanismes de réparation, le FONAREV et le FRIVAO, censés indemniser les victimes des exactions commises, notamment dans l’Est du pays.
Dans un communiqué publié ce mercredi, le gynécologue congolais a exprimé sa profonde préoccupation face à de « graves allégations de corruption et de détournements », qui entachent ces dispositifs. Il a fermement appelé à une enquête judiciaire indépendante pour ces faits, craignant que la RDC ne soit perçue comme un« État patrimonial et prédateur »,insultant ainsi les victimes et la mémoire des millions de morts.
Le FONAREV, créé en 2022 dans le cadre de la justice transitionnelle, et le FRIVAO, mis en place suite à la condamnation de l’Ouganda par la Cour international de justice (CIJ) à verser 325 millions de dollars à la RDC pour les crimes commis entre 1998-2003, sont au cœur de ces accusations.
Selon un rapport du CREFEDL, plus de 100 millions de dollars américains sur les 195 millions déjà reçus par Kinshasa, n’auraient pas été utilisés pour indemniser les victimes, une allégation jugée d' »erronée » par la direction du FRIVAO.
Le Dr Mukwege a également déploré l' »absence de volonté politique »des autorités congolaises à appliquer les recommandations du rapport Mapping, publié en 2010, qui documentait 617 incidents violents entre 1993 et 2003, certains pouvant s’apparenter à des crimes contre l’humanité et des génocides.
Face à cette situation, le médecin a réitéré son appel à la création d’un Tribunal pénal spécial pour la RDC, ainsi que des chambres spécialisées mixtes. L’objectif est de garantir que les « responsables politiques et militaires des crimes internationaux »soient enfin traduits en justice.
« On ne construira pas la paix sur des mensonges et la mauvaise foi »,a-t-il martelé, encourageant la Cour pénale internationale (CPI) à poursuivre ses enquêtes, et exhortant les États européens à appliquer le principe de compétence universelle.
Richard Maliro






