120 personnes, dont des chefs religieux et coutumiers venus des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, en République démocratique du Congo, ont achevé lundi une visite de trois jours au Rwanda.
Organisée par les Actions des hommes de Dieu et des Églises pour la réconciliation et la paix dans la sous-région des Grands Lacs (COHDERP), cette mission s’est tenue dans un contexte hautement symbolique. Du 7 au 13 avril, le Rwanda commémore le génocide des Tutsis de 1994, au cours duquel près d’un million de personnes ont été tuées.

Le samedi 11 avril, premier jour de la visite, a coïncidé avec la commémoration du massacre de Nyanza/Kicukiro. Situé en pleine ville de Kigali, ce site rappelle l’abandon de civils rwandais en pleine tragédie par la Mission des Nations unies pour l’assistance au Rwanda (MINUAR). À la suite de ce retrait, au moins 3 000 personnes, majoritairement tutsies, ont été tuées par les milices Interahamwe. Aujourd’hui, le site abrite les restes de plus de 105 000 victimes du génocide à Kigali.
Au cours de cette commémoration, la délégation congolaise, aux côtés des rescapés, des familles des victimes et d’autres participants, a été marquée par des témoignages poignants, des souvenirs de vies brutalement arrachées et des messages de réconfort des autorités rwandaises. « Tenez bon. Souvenons-nous tout en reconstruisant nos vies », un message qui a résonné tout au long de la rencontre.

Le lendemain, dimanche, la délégation a visité le mémorial du génocide de Kigali à Gisozi. À travers une visite guidée du musée, les participants ont reçu des explications détaillées sur les origines, le déroulement et les conséquences du génocide de 1994, afin de mieux comprendre cette page sombre de l’histoire. Avant de quitter les lieux, la délégation de la COHDERP a procédé au dépôt de gerbes de fleurs, s’est inclinée devant les tombes des victimes et a observé une minute de silence.

La tournée s’est clôturée au centre de Mutobo, dans le district de Musanze, où sont accueillis d’anciens combattants des Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR). L’objectif était double : entrer en contact avec d’anciens acteurs du conflit et observer leur processus de réintégration sociale après leur rééducation. Cette démarche s’inscrit dans une dynamique de réconciliation prônée par les leaders religieux et coutumiers, dans une sous-région des Grands Lacs marquée par plus de trois décennies de conflits.
Des visites saluées, des convictions renforcées…

Ces visites ont été saluées par plusieurs membres de la délégation. Le pasteur Levi Nalira, venu de Bukavu, affirme avoir levé ses doutes sur la réalité du génocide.
« J’entendais parler du génocide contre les Tutsis sans en être totalement convaincu. Mais, après cette visite, je n’ai plus de doute », a-t-il déclaré.

Esther Mugoli, également de Bukavu, dit avoir été profondément marquée par les témoignages recueillis à Nyanza/Kicukiro, puis submergée par l’émotion à Gisozi.
« Après ces témoignages, j’ai été profondément touchée. En voyant les restes des victimes, je n’ai pas pu retenir mes larmes. Nous devons tout faire pour que cela ne se reproduise plus », confie-t-elle.
De son côté, Moïse Mutumai, chef du groupement Mudja en territoire de Nyiragongo (Nord-Kivu), s’est engagé à sensibiliser les combattants des FDLR afin de les encourager à regagner leur pays.

Le bishop Amos Zamukulu, de la Communauté des Églises Makimbilio Linda Imani (CEMALI), a appelé à la pérennisation de telles initiatives.
« Nous remercions les organisateurs. Mais cela ne doit pas être une première ni une dernière. Ces visites doivent se poursuivre et s’étendre à d’autres pays ayant connu des tragédies similaires », a-t-il plaidé.
Il convient de rappeler qu’en février dernier, une autre délégation conduite par la COHDERP s’était déjà rendue à Kigali et à Mutobo.
Guerschom Mohamed Vicci




