Les élites intellectuelles et les chercheurs intéressés par les conflits ayant marqué la province de l’Ituri, sont appelés à privilégier une analyse approfondie et contextualisée des faits, avant la rédaction d’ouvrages scientifiques.
Cet appel a été lancé par Bosco Kisoke, expert en questions humanitaires, qui estime que plusieurs travaux consacrés à cette région du Nord-Est de la République démocratique du Congo présentent des interprétations divergentes, susceptibles d’entretenir les incompréhensions autour des causes réelles des violences.
Selon cet expert, la complexité de conflits de l’Ituri ne saurait être réduite à des lectures simplistes ou à des oppositions communautaires, souvent relayées dans certaines publications.
« Il est important d’encourager des recherches approfondies et contextualisées afin d’éviter les lectures simplistes des conflits en Ituri », a-t-il déclaré.
Bosco Kisoke relève que les récits historiques relatifs aux violences qui ont secoué la province diffèrent sensiblement d’un auteur à un autre, expliquant que certains travaux situent les premiers épisodes de tensions communautaires en 1911, d’autres en 1921, 1966, 1999 ou encore 2017.
Cette diversité d’interprétations, explique-t-il, complique la compréhension des racines profondes des conflits, et influence parfois les approches de résolution de crise.
Pour lui, les dynamiques conflictuelles observées en Ituri sont le résultat d’un ensemble de facteurs historiques, politiques, économiques, fonciers et sociaux qui méritent une analyse rigoureuse.
Réduire ces conflits à une simple rivalité entre communautés, notamment entre Hema et Lendu, a-t-il indiqué, reviendrait à ignorer plusieurs dimensions essentielles de la crise. L’expert souligne que chaque communauté développe sa propre mémoire des événements, souvent influencée par son vécu et ses expériences.
Il a par ailleurs fait savoir que cette multiplicité de récits contribue à alimenter les divergences d’interprétation, et peut constituer un obstacle aux efforts de réconciliation.
« Une meilleure clarification des faits historiques permettrait non seulement d’améliorer la qualité des recherches scientifiques, mais aussi de renforcer les initiatives de paix et de cohésion sociale dans la province »,a-t-il fait savoir.
Dans un contexte où plusieurs acteurs œuvrent pour la stabilisation de l’Ituri, Bosco Kisoke insiste sur l’importance du devoir de mémoire, de l’objectivité et de la rigueur scientifique dans l’étude des conflits qui ont affecté la province durant plusieurs décennies.
Pour lui, une connaissance plus précise et mieux documentée de l’histoire locale constitue un préalable indispensable à la construction d’une paix durable, et à la prévention de nouvelles tensions communautaires.
Chadrack Byaruhanga, depuis Bunia






