La confirmation d’un cas importé en Ouganda transforme l’épidémie déclarée en RDC en crise sanitaire transfrontalière. La souche « Bundibugyo », sans vaccin homologué, inquiète les experts.
Il était arrivé d’Ituri, province de l’Est de la République démocratique du Congo. Le 14 mai, un Congolais de 59 ans rendait l’âme à l’hôpital musulman Kibuli de Kampala, emporté par la maladie à virus Ebola. Le lendemain, Kinshasa déclarait officiellement la dix-septième épidémie de la maladie sur son sol depuis 1976, avec entre 65 et 80 décès enregistrés parmi 246 cas suspects, concentrés dans les zones de santé de Rwampara, Mongwalu et Bunia. En moins de quarante-huit heures, une urgence sanitaire locale devenait une alerte régionale.
Ce qui distingue cette épidémie des précédentes — et ce qui préoccupe le plus les spécialistes — c’est la souche identifiée : « Bundibugyo ». Moins médiatisée que la souche « Zaïre » qui avait causé plus de 2 200 morts entre 2018 et 2020, elle présente une caractéristique redoutable : il n’existe à ce jour aucun vaccin ni traitement spécifique homologué. La riposte repose donc entièrement sur les mesures classiques de contrôle épidémique — isolement, traçage des contacts, enterrements sécurisés — dont l’efficacité dépend de la rapidité de déploiement et de l’accès aux zones touchées, deux conditions difficiles à réunir en Ituri.
Face au cas confirmé sur son territoire, le gouvernement ougandais a opté pour une communication maîtrisée. « Il s’agit d’un cas importé de RDC. Aucune transmission locale n’a été confirmée à ce stade. Nous avons immédiatement activé nos protocoles de traçage des contacts et renforcé la surveillance à nos points d’entrée », a indiqué le ministère de la Santé dans son communiqué du 15 mai. Le corps du défunt a été rapatrié et les personnes-contacts font l’objet d’un suivi strict.
La communauté internationale s’est rapidement mobilisée. Le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus a confirmé le déploiement d’équipes d’urgence, tandis que l’Africa CDC convoquait une réunion régionale associant la RDC, l’Ouganda et le Soudan du Sud. Mais la mobilisation internationale ne suffit pas toujours à compenser les réalités du terrain : l’Ituri est une zone de conflit chronique où des groupes armés limitent l’accès des équipes sanitaires, et la détection tardive de l’épidémie suggère une circulation du virus, bien antérieure à la déclaration officielle.
L’Ouganda reste en état d’alerte élevé, les points d’entrée frontaliers renforcés et les hôpitaux en veille. Cette nouvelle résurgence rappelle une vérité que la région connaît trop bien : tant que les systèmes de santé locaux resteront fragiles et que l’insécurité bloquera l’accès humanitaire dans l’Est de la RDC, le virus aura toujours une longueur d’avance.
Claudine N. I.






