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Vingt ans de loyauté, des salaires évaporés : le calvaire silencieux des assistants linguistiques de la MONUSCO

15 novembre 2025
in Actualités, RD Congo, Sécurité
Vingt ans de loyauté, des salaires évaporés : le calvaire silencieux des assistants linguistiques de la MONUSCO
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Ils ont des noms, des visages, des familles. Ils ont aussi près de vingt années passées à traduire, interpréter, faciliter le travail de la MONUSCO en République démocratique du Congo. Aujourd’hui, ces professionnels de l’ombre découvrent une réalité qu’ils n’auraient jamais imaginée : leur employeur actuel, la société CTG, les dépouille méthodiquement pendant que la mission onusienne détourne le regard.

L’histoire commence par un changement de prestataire. L’UNOPS cède la place à Committed To God, une entreprise choisie par le Contract Management de la MONUSCO pour gérer le personnel linguistique. Pour ces interprètes-traducteurs, c’est censé être une transition vers de meilleures conditions. La réalité sera tout autre.

Septembre 2025. Les contrats sont signés. Le salaire annoncé : environ 2100 dollars américains. Les termes semblent clairs. En apparence, oui. Mais tout n’a pas été dit et c’était fait à dessein. Le premier paiement arrive mi-octobre avec quinze jours de retard. Mais le retard n’est pas le pire. Le montant reçu est inférieur de plus de 150 dollars à ce que ces employés touchaient auparavant. Aucune explication n’accompagne cette amputation.

Innocent K., comme beaucoup de ses collègues, voit sa vie basculer. Les frais de scolarité impayés menacent l’avenir de ses enfants. Son propriétaire évoque l’expulsion.« Je vis une situation humiliante »,confie-t-il, la voix chargée de détresse. Ce n’est pas seulement une question d’argent. C’est la dignité d’un homme, d’un père, d’un professionnel qui vacille.

Face aux réclamations, CTG invoque les frais bancaires liés aux transferts internationaux. Ils promettent de régulariser pour octobre. Ils affirment que désormais, les paiements interviendront le 5 de chaque mois. Ces assurances ne seront jamais tenues.

Novembre. Les salaires de septembre n’arrivent toujours pas à la date promise. À la place, un email demande aux employés de suivre des formations et de soumettre des certificats dans les 48 heures. Pour ces linguistes épuisés par l’incertitude, c’est une manœuvre évidente destinée à les distraire de l’essentiel : l’argent qu’on leur doit.

Le 7 novembre, un message dans le groupe WhatsApp administré unilatéralement par CTG propose une nouvelle solution : retirer les fonds en agence Ecobank ou les recevoir via mobile money. La formulation est sans ambiguïté : cette démarche garantit que chaque employé recevra son paiement« en intégralité ».

Sauf que l’intégralité n’existe pas. Une staff constate la disparition de 500 dollars. Dieudonné M., qui travaille au Nord-Kivu, découvre un manque de 341 dollars. À Kinshasa, d’autres vivent la même situation. Lorsqu’ils confrontent leurs superviseurs, les réponses sont évasives, embarrassées, creuses.

Lire aussi  Burundi : le gouverneur de la Banque centrale en détention

Quatre jours plus tard, un message émis depuis Chypre change de registre. CTG invoque désormais les obligations légales congolaises pour justifier des retenues sur salaire : CNSS, ONEM, INPP, IPR. Des cotisations présentées comme incontournables et protectrices des droits sociaux. Mais aucun pourcentage n’est précisé. Aucun montant exact n’est communiqué. Les bulletins de paie détaillés promis pour septembre et octobre ne sont jamais envoyés au moment des virements.

Christian P., un autre linguiste, résume le sentiment général :« Pourtant le message était clair, ceux qui donneront leur portefeuille électronique recevront la totalité de leur salaire. Mais pourquoi ils nous mentent, ces gens ? »La question est légitime. Ces retenues fiscales et sociales existent effectivement dans le droit congolais. Mais elles doivent être transparentes, documentées, expliquées. Chaque travailleur a le droit de savoir exactement ce qui est prélevé et pourquoi. CTG ne fournit rien de tout cela. Juste des ponctions opaques qui privent ces professionnels de centaines de dollars chaque mois sans aucune justification claire.

Ces hommes et ces femmes ne demandent pas la lune. Ils veulent un salaire brut conforme à leur contrat. Ils veulent des bulletins de paie détaillés transmis en même temps que leurs virements. Ils veulent des pourcentages clairement indiqués pour chaque retenue. Le strict minimum auquel tout travailleur devrait avoir droit.

Mais leur colère et leur incompréhension visent aussi la MONUSCO. Comment la mission peut-elle abandonner ainsi ceux qui l’ont servie pendant deux décennies ? Le choix de CTG comme prestataire relevait de sa responsabilité. Les conséquences aussi. Le protocole d’accord signé avec cette société doit être clarifié, peut-être renégocié, voire rompu si les abus persistent. Les Nations Unies ne peuvent pas fermer les yeux sur ce qui ressemble à de l’exploitation.

Le gouvernement congolais, lui aussi, doit sortir de son silence. Des citoyens congolais sont spoliés par une entreprise étrangère sur le territoire national. Le Code du travail congolais s’applique. Les autorités ont le pouvoir et le devoir d’intervenir, de vérifier les pratiques de CTG, de protéger leurs compatriotes contre des méthodes qui violent leurs droits fondamentaux.

Derrière les chiffres et les montants manquants, il y a des vies concrètes. Des enfants qui risquent de quitter l’école. Des familles menacées d’expulsion. Des professionnels dévoués qui se sentent trahis après avoir donné le meilleur d’eux-mêmes pendant près de vingt ans. Leur histoire mérite d’être entendue. Leur situation mérite d’être réglée. Leur dignité mérite d’être restaurée.

La Rédaction

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