À l’occasion de la Journée internationale de la réduction des risques et des catastrophes (JIRRC), l’Université de Goma (UNIGOM), à travers son École supérieure de volcanologie, de gestion des risques et des catastrophes, a lancé un appel pressant : il est temps de financer la résilience plutôt que les urgences.

Prenant la parole lors de la conférence organisée sur le campus du Lac, le recteur de l’UNIGOM, le Professeur ordinaire Muhindo Mughanda a insisté sur la nécessité d’établir des mécanismes pérennes de financement de la résilience communautaire. Selon lui, la nature n’est pas seulement bienfaitrice pour la République démocratique du Congo, elle peut aussi se montrer impitoyable.
En effet, les provinces de l’Est subissent de plein fouet les effets conjugués des aléas naturels et des pressions humaines. Les éruptions volcaniques, les inondations récurrentes, les incendies qui ravagent Goma et Bukavu, ou encore le ravinement qui défigure les collines de Butembo, en sont des exemples criants. À ces catastrophes s’ajoutent les crues fluviales de Kindu et de Kalemie, ainsi que les inondations lacustres d’Uvira.

« Tout cela montre combien nous restons vulnérables face à la nature », a déploré le Professeur Muhindo Mughanda. « Plutôt que de prévenir, nous préférons financer les catastrophes », a-t-il regretté, tout en soulignant que la multiplication des crises sanitaires, des conflits communautaires et de la dégradation environnementale aggrave encore la situation.
Pour lui, il faut désormais repenser la manière d’agir : « Nous ne pouvons plus attendre que les catastrophes frappent pour réagir. Nous devons anticiper, planifier et bâtir un système résilient. La résilience doit être financée, et cela doit devenir une priorité à tous les niveaux ».
Ainsi, le recteur de l’Université de Goma plaide pour un véritable changement de paradigme : passer de la logique de réaction à celle de la prévention. Selon lui, c’est à cette condition seulement que la RDC pourra espérer un développement durable et une réduction effective de sa vulnérabilité.
Des acteurs engagés pour une résilience communautaire

Dans le même esprit, le Dr Blaise Mafuko, enseignant à l’École supérieure de volcanologie, a rappelé que la résilience se construit avant la catastrophe et non après. Selon lui, il est essentiel de développer les capacités locales à anticiper les risques à court terme, mais aussi à renforcer, à long terme, les compétences d’adaptation et de transformation des communautés. Autrement dit, il faut permettre aux populations non seulement d’absorber les chocs, mais aussi de se relever et d’évoluer pour mieux faire face aux crises futures.
Cette approche proactive rejoint les actions menées par Act!onaid, une organisation internationale active dans la gestion communautaire des risques. À travers ses interventions dans le Nord-Kivu et l’Ituri, Act!onaid mise sur l’implication de toutes les catégories sociales, y compris les enfants, les enseignants et les petits producteurs. Elle favorise la mise en place de groupes communautaires mixtes chargés d’élaborer des plans de réduction des risques et de rédiger des notes de plaidoyer adressées aux autorités locales. Ces groupes, formés et accompagnés, deviennent de véritables lanceurs d’alerte et acteurs du changement.
Dans certaines zones de santé, ces initiatives ont déjà porté leurs fruits : des communautés se sont mobilisées pour réclamer des intrants agricoles indispensables, démontrant ainsi leur capacité à agir face aux urgences.

Pour l’Université de Goma, la célébration de cette Journée internationale n’est pas un simple rituel, mais un acte de plaidoyer en faveur d’un changement profond de mentalité et de politique. Elle vise à placer la prévention, la recherche scientifique, la formation continue, la planification urbaine et environnementale ainsi que l’éducation à la culture du risque au cœur des priorités nationales.
Comme l’a conclu le Professeur Muhindo Mughanda, « C’est par l’anticipation, la connaissance et l’investissement que nous bâtirons une société congolaise plus résiliente face aux catastrophes ».
Durant la conférence, le documentaire « Vivre avec les éruptions du volcan Nyiragongo », revenant notamment sur la dernière de mai 2021 et ses conséquences sur les populations. Ce film compte des témoignages de certaines victimes et des experts pour faire face aux éruptions futures.
Guerschom Mohamed Vicci




