Le gouvernement ougandais a franchi un cap dans sa réponse à l’épidémie d’Ébola Bundibugyo en organisant à Kampala, une séance de travail inédite réunissant le ministère de la Santé, l’ambassade de la République démocratique du Congo et les représentants de la communauté congolaise résidant en Ouganda. Une initiative qui traduit la volonté des deux pays de traiter cette crise sanitaire comme une responsabilité partagée, au-delà des frontières administratives.
L’épidémie, officiellement déclarée le 15 mai 2026 en RDC avec un foyer principal en Ituri, est causée par le virus Ébola de type Bundibugyo — une souche identifiée pour la première fois en 2007 dans le district ougandais du même nom. Depuis lors, la RDC a développé une expertise reconnue dans la gestion des épidémies hémorragiques. La riposte en cours, coordonnée depuis Kinshasa avec les équipes médicales déployées en Ituri, a déjà permis de sauver plusieurs patients, dont certains ont été déclarés guéris et sont sortis des structures de prise en charge. Ces résultats témoignent du professionnalisme des équipes congolaises et de la solidité du dispositif national de réponse.
C’est dans ce contexte que la Secrétaire permanente du ministère ougandais de la Santé, le Dr Diana Atwine, a pris la parole devant les diplomates congolais et les représentants de la diaspora congolaise résidant à Kampala. Elle a été claire sur les objectifs de la rencontre : « Il est question de faire un état des lieux de la situation d’Ébola, de partager avec vous ce qui se passe réellement et ce que nous planifions, car nous sommes en constante discussion avec l’équipe de Kinshasa ainsi que l’équipe médicale en Ituri. Il était question de vous briefer ».
Au-delà de l’information, le gouvernement ougandais attend de la diaspora un rôle actif dans le dispositif de détection précoce. Le Dr Atwine a insisté sur cet enjeu avec une franchise désarmante : « C’est aussi une occasion de rencontrer spécialement la diaspora afin de nous aider à identifier assez tôt les cas suspects pour une meilleure prise en charge. Il y en a eu une qui est décédée il y a quelques jours, tout simplement parce qu’elle a pris du temps pour se présenter aux services médicaux ». Un rappel douloureux que la rapidité de la prise en charge reste, dans la lutte contre Ébola, le facteur déterminant entre la vie et la mort.
Les échanges ont permis de dégager quatre priorités opérationnelles : le renforcement de la surveillance épidémiologique aux postes frontaliers entre les deux pays, l’élaboration d’un plan de riposte conjoint, le soutien au déploiement de personnels et de ressources vers la RDC, et la structuration de la diaspora congolaise comme relais sanitaire de proximité.
Sur ce dernier point, le Dr Atwine a invoqué une instruction directe du chef de l’État ougandais : « Nous avons été instruits par le Président de la République, qui nous a ordonné d’apporter un soutien et un appui concret à la RDC de telle sorte qu’il y ait le moins de pertes en vies humaines possible. Nous devons aller au Congo ».
La dimension humaine de cette crise est indissociable de sa géographie. L’Ouganda et la RDC partagent une frontière de plusieurs centaines de kilomètres, traversée quotidiennement par des commerçants, des familles et des travailleurs. La communauté congolaise établie en Ouganda constitue donc un maillon naturel entre les deux systèmes de santé — un rôle que les autorités ougandaises entendent désormais formaliser.
Les participants ont été appelés à sensibiliser leurs proches et à signaler immédiatement tout cas suspect aux autorités sanitaires compétentes des deux pays.
Claudine N.I.




