Depuis 2022, des centaines de candidats magistrats dits « réservistes », vivent un véritable chemin de croix. Convoqués à Kinshasa avec la promesse d’une nomination imminente, ces cadres de la loi se retrouvent aujourd’hui sans statut, sans revenus et plongés dans une détresse sociale alarmante. Ils lancent un appel ultime au chef de l’État.
C’est un cri de détresse qui résonne comme un aveu d’échec pour le système administratif judiciaire congolais. Ils sont des centaines, venus des 26 provinces de la République démocratique du Congo, portés par l’ambition de servir la justice de leur pays. Aujourd’hui, leur réalité est tout autre : ils sont les « oubliés » de la République.
Tout commence en 2022. Suite au concours de recrutement des magistrats, une liste de réservistes est constituée. Convoqués dans la capitale par le Conseil supérieur de la magistrature (CSM), beaucoup ont tout plaqué : emplois dans le secteur privé, cabinets d’avocats, petits commerces et surtout, leurs familles restées en province.
« Nous avons quitté nos vies avec une seule garantie : être nommés. Quatre ans plus tard, nous sommes toujours dans l’antichambre du droit », témoigne l’un d’entre eux sous couvert d’anonymat.
« 4 ans, c’est toute une vie »
Le plaidoyer adressé au Président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi, souligne l’absurdité de cette attente prolongée. L’image utilisée par les grévistes de la faim et les collectifs est frappante : « Un enfant de 4 ans parle déjà. À 7 ans, il est à l’école. Nous, après 4 ans, nous ne pouvons même pas exercer la profession pour laquelle nous avons été formés ».
La question qui brûle les lèvres de ces réservistes est simple : pourquoi ce blocage ? Alors que la vision du chef de l’État repose sur l’instauration d’un État de droit, le maintien de ces candidats dans l’incertitude semble être une contradiction majeure.
Dans leur lettre ouverte, ils supplient le Président de signer l’ordonnance de nomination tant attendue. Pour ces hommes et ces femmes, il ne s’agit plus seulement d’une question de carrière, mais d’une question de survie et de dignité humaine.
Il est ironique de constater que ceux qui sont appelés à trancher les litiges et à protéger les droits des citoyens, se retrouvent aujourd’hui dans une position de vulnérabilité totale, sans recours efficace pour leur propre cause.
La République a besoin de ces magistrats pour désengorger les prisons et rapprocher la justice du justiciable. Les réservistes sont là, formés et prêts. Il ne manque plus qu’une signature pour transformer cette détresse en service public.
La Rédaction




